Crises dans la culture

8 04 2008

Signe plus qu’évident que la crise rôde dans la culture, les ouvrages d’actualité qui entendent se situer dans un débat que Sarkozy vient de relancer avec son esbroufe habituelle, commencent à occuper beaucoup de place sur les linéaires des libraires.

Avec ceux d’Alain Rollat et Jean-Claude Wallach, celui d’Antoine de Baecque mérite lecture et l’attention nécessaire. L’ancien rédacteur-chef adjoint de Libération et sublime biographe, avec Serge Toubiana, de François Truffaut, nous propose donc « Crises dans la culture française » sous-titré « Anatomie d’un échec » aux éditions Bayard qui commettent pour l’occasion une de ces jaquettes hideuses dont l’édition française garde jalousement le secret.

L’heure est donc au regard critique sur les politiques culturelles qui sont conduites depuis Malraux dans un pays qui connait une forte baisse de l’engagement de l’Etat pouvant conduire jusqu’à de véritables démantèlements. De Baecque ne déroge pas à cet exercice en analysant cette crise bien en amont de ce qui est en général fait puisque l’auteur plonge son investigation jusque dans la France de l’ancien régime appuyant sa réflexion sur les apports d’Hannah Arendt.

Des rois de France aux ors de la République, de « la mystique du peuple » débouchant sur une sorte de « démocratisation » introuvable, De Baecque trace sa route tout au long d’un essai décapant qui pointe « le royaume farfelu de Malraux » aussi bien que « Les flamboyantes limites des années Lang ».

Pas toujours convaincante, la démonstration de Antoine De Baecque mérite cependant lecture ce d’autant que l’ouvrage dans un dernier assaut évoque en une grosse quarantaine de pages les crises aux facettes multiples qui frappent la culture à la française.

De Baecque, ce qui est malheureusement l’usage dans de tels essais, n’évoque pas les formes émergentes, les nouvelles pratiques artistiques, les nouveaux rapports à la culture qui marquent souvent les nouvelles générations s’abstenant aussi d’évaluer les contours de certaines politiques culturelles qui essayent de se faire un chemin loin de Paris, de l’Etat mais aussi de certaines coteries.

Dans une période ou de nouvelles équipes s’installent aux commandes de l’action culturelle dans les communes, au moment aussi ou le Président donne le feu vert pour que la droite s’attaque aux fondations d’une politique, certes en crise, mais qui apporte du soutien aux créateurs, le livre de Antoine De Baecque est un outil, une réflexion, nécessaires au débat.

Puisque nous en sommes à recommander la lecture de quelques lucioles qui essayent de briller dans ce bien triste paysage, je vous recommande aussi l’interview avant-hier de Christian Schiaretti sur le blog « Libé Lyon » par Luc Hernandez, vidéo de Luc Martinon. C’est parfois discutable mais toujours intéressant.

Lyon, le 8 avril 2008.